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Est ce vraiment sérieux de considérer que la consommation de cannabis fait basculer dans la schizophrénie? Les spécialistes sont prudents et comme ils ont compris que cette question était avant tout politique, se gardent de tout jugement définitif.
Je suis enclin à penser que l'hyper consommation de THC est plutot une forme d'automédication du sujet. Alors que le consommateur se sent mal, il minore ses symptomes comme cela, jusqu'au jour ou les prises ne suffisent plus et il décompense.
A mon sens, donc, dire que le cannabis est une porte d'entrée dans la psychose est un raccourci intellectuel.
Qu'en pensez vous?
Est-ce vraiment sérieux de considérer que ce n'est pas au moins une possibilité? Accuser des scientifiques qui passent leur existence à étudier les effets des drogues d'emprunter des raccourcis intellectuels me semble un peu léger.
The Lancet, qui est le magazine des sciences de la santé par excellence, vient de sortir un récapitulatif de 35 recherches effectuées depuis les années 60 sur le sujet (28 juillet 2007). Ces études montrent que les jeunes usagers de cannabis ont 41% de risques accrus de développer des symptomes de maladie mentale, y compris la schizophrénie, par rapport à ceux qui n'ont jamais touché au cannabis. Plus ils fument, plus les risques sont élevés. Pour les fumeurs les plus actifs, ce risque est supérieur à 50%. Ils reconnaissent que ces effets ne sont pas toujours immédiats, mais que les pathologies peuvent se déclencher après plusieurs années.
Dr Merete Nordentoft and Dr Carsten Hjorthaj de l'université de Copenhague, déclarent que 800 cas de schizophrénie pourraient être évités dans le seul Royaume-Uni tous les ans si les patients n'avaient pas fumé de cannabis. Dans ce pays, en dix ans, le nombre d'admissions en hôpital psychiatrique liés directement à l'usage de cannabis a augmenté de 85%.
A tout cela il faut ajouter l'apparition relativement récente du cannabis skunk, beaucoup plus puissant, dont les effets à moyen et long terme sont encore peu connus, mais les premières observations semblent montrer un pourcentage important d'incidents à caractère psychopatique liés à sa consommation.
Alors bien sûr, on peut toujours dire que les sujets qui développent une schizophrénie souffrent déjà de ce mal, parce qu'il n'y a pour l'instant pas moyen de prouver que le cannabis est à l'origine de cette pathologie. Mais quand bien même n'en serait-il que le déclencheur, les conséquences de sa consommation sont les mêmes. En ce qui me concerne, prendre cette position, c'est, au mieux, jouer à la politique de l'autruche et au pire, refuser de se rendre à l'évidence.
Dans votre question, vous reconnaissez involontairement que la prise de cannabis est néfaste: en effet, vous suggérez que le sujet prend du cannabis comme automédication, alors qu'il s'agit d'une pathologie qui fait l'objet de soins qui, s'ils ne soignent pas la maladie, permettent d'en contrôller les symptomes. Ne serait-il pas préférable que les sujets se voient offrir une thérapie controllée, à base de neuroleptyques et d'antipsychotiques? Vous reconnaissez vous-même les limites de cette 'auto-médication' en suggérant qu'il vient un temps où elle ne suffit plus. Non seulement vous refusez de considérer que la consommation de cannabis peut déclencher une schizophrénie, vous l'utilisez comme alibi pour la dédramatiser. A l'heure où la consommmation de cannabis est galopante en France, votre position me semble pour le moins irresponsable.
Ajout:
Donc pour vous, quarante ans de recherche sur la consommation de cannabis, qui ont abordé le problème d'un point de vue sociologique, médical et statistique ne valent pas tripette. La forte recrudescence des cas de schizophrénie qui a suivi l'apparition du skunk serait une coincidence. Je dois certainement avoir des problèmes de compréhension. Qu'entendez-vous par décompenser? Vous ne suggérez tout de même pas que la prise de cannabis est un effort conscient, ou même inconscient, d'automédication de la part de ceux qui qui souffrent de pathologies psychologiques? Il me semble que les premières prises de cannabis sont dans une immense majorité à but récréatif, il ne s'agit pas dans la plupart des cas de vouloir soigner ne serait-ce qu'un mal être. L'addiction qui en découle peut-être physique dans les cas de consommation très régulière, elle est très souvent sociale. Non, la consommation de cannabis ne fait pas systématiquement basculer dans la schizophrénie, mais je suis persuadé qu'elle peut avoir cet effet. Et je suis encore plus convaincu que si elle n'est pas systématiquement une porte d'entrée vers une pathologie, elle l'est parfois, et vu le nombre très important de jeunes usagers aujourd'hui, ce parfois prend des proportions inquiétantes. Tout est une question de nuances.
En ce qui concerne la politique que nos dirigeants doivent adopter, je ne suis pas un spécialiste, mais je pense qu'on devrait commencer par éduquer les jeunes très tôt sur les méfaits des drogues, en leur présentant les faits et les suspicions sur les conséquences sociales et médicales de la prise de psychotropes illégaux, comme on le fait pour le tabac et l'alcool. Que l'on devrait faire un vrai effort en amont et en aval sur la production et le traffic de cannabis et d'autres drogues, notamment en soutenant les pays asiatiques et africains dont l'économie en est tributaire. (Avez-vous entendu parler de la situation en Guinée-Bissau?)
Pour le reste, sa consommation est telle en France aujourd'hui que criminaliser tous ses usagers est irréalistes, mais il ne faut pas être fataliste et continuer à enrayer sa progression et surtout, ne pas avoir peur de d'expliquer et de répéter que la prise de drogues est néfaste.
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